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Après
quelques minutes d'attente réglementaire
passées dans un couloir du quatrième étage
un monsieur très poli est venu me chercher
pour que j'explique mon cas à un autre monsieur
qui m'a dit " C'est parfait, je vais me renseigner "
puis après dix minutes d'attente supplémentaire
une sorte de girafe assez peu délicate
est venue m'annoncer que Lise n'était pas là
mais que comme On voulait que je me remette vite
à la tâche elle avait " reçu pour instruction
"
de me " montrer des filles capables de tenir
précisément ce rôle " et sur ces bonnes
paroles
la girafe m'a conduit dans une pièce minuscule
où se tenaient déjà une dizaine de jeunes
femmes
dont j'ai depuis longtemps oublié les prénoms
mais dont je n'oublierai pas de sitôt les yeux,
des yeux clairs, et curieux, qui couraient sur ma peau
comme s'ils avaient voulu lui passer au travers
elles étaient grandes, petites, minces ou plus rebondies
leurs allures différaient mais leurs dix-huit pupilles
ne formaient qu'un seul oeil posé sur ma poitrine,
un seul regard tentant de deviner peut-être
à travers mon pull pâle et mon épiderme fin
ce que mon coeur cachait, Claire, peut-être voyaient-elles
Claire et rien d'autre en moi ou peut-être voyaient-elles
dans mon coeur des centaines de conquêtes potentielles
des milliers et milliers d'autres blondes à lunettes
et talons comme cette Lise, auxquelles il suffirait
de venir faire la roue deux secondes sous mon nez
pour me faire basculer dans leur belle escarcelle
Je dis ça mais en fait rien de ce qu'elles pouvaient
éprouver envers moi ni dégoût, ni envie,
ni respect, ni tristesse ne se manifestait
sur leurs traits Elles restaient, exceptées leurs pupilles
totalement impassibles On aurait vraiment dit
de beaux mannequins de cire D'ailleurs je me disais
" sont-elles vraiment humaines ? " quand on m'a tout à
coup
demandé " et alors,
laquelle
préférez-vous ? "
je suis tombé des nues, je n'ai pas
réfléchi,
j'ai juste tendu la main face à moi et ma paume
a touché par hasard le ventre de Martha